"Tat Twam Asi"

Arnaud Desjardins, Les Chemins de la Sagesse, tome 1, 1ère partie : avoir un but.

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Chaque homme n’est pas autre chose que l'Unique et l’Éternel, le brahman, même s’il l’ignore. C’est l’enseignement fondamental des Upanishads hindoues : « Tat tvam asi », « Tu es Cela ». Et, sans nous élever encore jusqu’à la considération du suprême Non-Manifesté, l'absolu sans aucune détermination possible, nous pouvons savoir, « réaliser » que tout ce qui existe (et change) dans l’immense univers est une manifestation ou une expression d’une même unique énergie infinie. La science contemporaine l’a confirmé mais c’était affirmé par les Écritures hindoues ou bouddhistes et par les sages depuis des milliers d’années.

La comparaison la plus significative est celle de la vague et de l’océan. Chaque vague, si elle se conçoit elle-même en tant que vague, commence avec une naissance et finit avec une mort, lorsqu’au bout de sa course elle se brise sur le sable ou sur le rocher. Elle est née un certain jour à une certaine heure et meurt quelques minutes plus tard. Et elle est distincte de toutes les autres vagues qui la précèdent et la suivent. Si elle a conscience d’elle en tant que vague, si elle voit les autres vagues autour d’elle, elle ressent la double limite spatiale et temporelle de son existence et sait qu’elle va mourir en s’approchant de la plage. Et tout la menace : le bateau qui la fend, le ressac de la vague précédente. Mais si nous voulons bien considérer la vague comme une expression de l’eau, de l’océan infini et éternel, la mort de la vague n’est pas une mort et l’océan n’est ni augmenté ni diminué parce qu’une vague naît ou qu’une vague meurt. Une vague conçue seulement en tant que vague n’est rien, tellement petite, tellement éphémère. Mais si, tout à coup, la vague découvre, réalise qu’elle est l’océan (l’unique océan qui entoure tous les continents), la moindre petite vague de Saint Raphaël ou de Trouville a le droit de dire : « J’arrose la côte du Kérala en Inde, j’entoure la statue de la Liberté à New York, je remplis le port de Papeete à Tahiti. » Et cette petite vague du mardi il août à 9 h 5 sait aussi qu’elle a porté le navire de Christophe Colomb, l’Armada et les galères de Louis XIV. Toutes les vagues sont différentes mais l’eau est partout et toujours la même. Et une vague qui sait ce qu’est l’eau sait ce qu’est l’océan et sait ce que sont les autres vagues.

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